Jazz et java en deuil – Le Monde.fr

Longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, Trenet nous avait prévenus, leurs chansons continuent de courir dans les rues. Mais depuis hier, et pas seulement dans le païs de Gascogne où naquit Nougaro, on signale des petites filles en pleurs dans des villes en pluie.

Le cœur n’y est pas trop pour obéir à son injonction, souvenez-vous, cela faisait : « Dansez sur moi, dansez sur moi, le soir de mes funérailles, dansez sur moi, dansez sur moi. »

Et pourtant, il suffit d’engager une galette argentée dans la chaîne stéréo pour repartir à l’assaut du petit taureau qui, sur l’écran noir de ses nuits blanches, continue de faire son cinéma.

Jamais nous ne sommes entrés dans Toulouse sans frissonner en entendant la voix de Nougaro qui chantait : « Qu’il est loin mon pays, qu’il est loin. »

La Ville rose, c’était lui, avec toutes ses trouvailles de mots et d’émotions, et le torrent de cailloux qui roulait dans son accent. L’eau verte du canal du Midi, la brique rouge des Minimes. L’église Saint-Sernin. Le Capitole et ses ténors enrhumés. Les avions de Blagnac.

Il voyait de la violence bouillonner jusque dans les violettes. Il voyait l’Espagne pousser un peu sa corne et crever une bulle de jazz. Il voyait des cartables bourrés de coups de poing et des mémés qui aimaient la castagne. Et on enviait Toulouse de ressembler autant à la vie et de donner à ses enfants cette langue charnelle à couper au couteau.

Le disque tourne et voici quatre boules de cuir sur quatre pieds de guerre, boxe, boxe. La pluie fait des claquettes sur le trottoir à minuit. Et on s’aperçoit, chanson et chemin faisant, qu’on connaissait sans le savoir toutes ces mélodies avec la voix qui va avec, ces airs gais, puissants, rageurs, boxe, boxe, il faut être vainqueur.

A chacun son Nougaro. Le nôtre jouait son cœur à face ou pile avant de découvrir Cécile, sa fille. Et on fredonne sans sourciller que si la vie n’est pas très marrante, Armstrong, un jour, tôt ou tard, on n’est que des os. Est-ce que les siens seront roses comme sa ville ? Ce serait rigolo.

Mais en attendant de revenir en cercueil dans son berceau, Nougaro chante encore « Gai, gai, gai, je suis l’amour sorcier », ou « Mai, mai, mai, Paris, mai, mai mai, Paris », avec cette fougue inimitable et ce swing qui n’en finit plus de swinguer.

C’est vrai qu’il nous a fait du bien, Nougaro NougaYork, avec ses renaissances à répétition qui nous feraient croire qu’il va revenir demain. Régénéré. Ressuscité. On verra, on verra, tout recommencera, c’était si bien quand il chantait du Chico Buarque pour promettre « tu verras tous ceux qu’on croyait décédés reprendre souffle et vie dans la chair de ma voix ». On verra, on verra.

Il voulait être une Piaf au masculin, « pouvoir chanter le Bottin, et vous remuer les intestins », comme la môme de Paris. Pari gagné. On se demande maintenant comment vont se rabibocher le jazz et la java. Car, c’est bien connu, il y a de l’eau dans le gaz entre les deux.

Le jazz s’installe et la java a fait la malle, ses p’tites fesses en bataille sous sa jupe fendue. Mais Nougaro n’est pas parti en traître. Il s’est partagé en frère. « Je donne au jazz mes pieds pour marquer son tempo. Et je donne à la java mes mains pour le bas de son dos. »

Le Monde

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